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Je sais maman, tu en as marre que je dise "connard" mais je les aime bien mes connards

Je sais maman, tu en as marre que je dise « connard » mais je les aime bien mes connards

Nous sommes à un an  « du jour où j’ai pris un semi-remorque en pleine face », et j’ai besoin d’écrire un billet plus personnel. Hasard du calendrier, c’est également à ce moment là qu’un nouvel homme a décidé de me remettre les tripes sur la table, alors forcément, ça fait doublement plus mal.

Comment je vais maintenant ? Comment se reconstruit-on après une telle épreuve ? Je pense avoir connu toutes les étapes du deuil, je peux même les dater.

le choc et le déni

Se résume à une seule soirée. Quelques heures de K.O où je sais que je dois pleurer sans vraiment comprendre pourquoi. Je m’écroule, je suis sonnée. Puis petit à petit, je mesure et surtout comprends l’impact de la nouvelle. Mon déni a duré exactement 10 jours. 10 jours de chantage, de pleurs, de paroles, de conviction, de lutte, d’affection, jusqu’à ce que l’on fasse l’irréparable et bascule enfin dans la colère.

 

la colère

J’ouvre les yeux sur l’évidence du point de non-retour et je passe dans une colère démesurée. A bout de force, j’ai eu peur de moi-même mais plus de ses réactions. J’étais à deux doigts de basculer dans la violence physique. Un trop plein de rage et d’énergie incontrôlable.

 

la tristesse et l’acceptation

J’entre dans une période de vie en suspension. Difficile pour moi d’avoir une vision au delà de quelques jours sur ma vie. C’est aussi là que les gens pensent à moi. C’est terrible à dire mais on prend enfin le temps de se voir, de se téléphoner. Coupable de voyeurisme malsain ? Peut être. Voir les gens touchés par des événements tragiques met face à sa propre réalité. Ca pourrait être moi… C’est injuste… Pourquoi elle et pas moi ? Mais c’est aussi un voyeurisme précieux. J’avais besoin de se sentir entourée, écoutée… un peu protégée. Un peu choisie aussi, même si ce n’est qu’une illusion. Peu de personnes ont le courage de « choisir » finalement.

A force de parler, de réorganiser ma vie autour de petits projets, la douleur se fait moins vive et je réapprends à m’aimer.

 

la reconstruction

La fin, avec la signature finale de la vente de la maison, dernière étape qui me liait encore à lui et sonne enfin ma libération. Je n’ai jamais autant entendu « ça y est, tu peux entièrement tourner la page ». Oui, je peux même ouvrir un nouveau livre. Pourtant cette dernière signature m’a bien remuée. J’avais mille fois imaginé cet « au revoir ». Envie de quelque chose de simple mais sincère, mais je n’ai pu qu’être froide et cassante ; crispée et blessante. Bien cachée dans ma voiture, j’ai pu pleurer une ultime fois sur cette rupture. J’inspire une grande bouffée de soulagement puis la ressouffle par de l’acceptation ; sans aller  jusqu’à lui pardonner, j’arrive enfin à le comprendre. 

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Et maintenant ?

Maintenant, c’est une autre histoire. J’ai retrouvé une certaine stabilité et j’ai fait entrer de nouvelles personnes dans ma vie quitte à me remettre en position de vulnérabilité. Puis-je ré-aimer ? Sûrement. Il y a tellement de niveaux amoureux… J’ai aimé de nouvelles personnes par amitié. Elles sont entrées dans ma vie grâce à ce choc et je bénis tous les jours de les avoir rencontrer. J’aime les personnes qui sont restées, certaines sont devenues aussi importantes que des liens de sang. Aimer ce que je fais. Avoir un travail passionnant qui me permet également de vivre des expériences extraordinaires grâce à ce blog. Aimer ma vie qui va à 100 000 km/h. Cette extrême activité m’a d’abord permis de trouver une échappatoire et d’arrêter de penser, de pouvoir rentrer chez moi épuisée, de me jeter au lit et enfin dormir profondément. Maintenant je les vis pour moi et parce que j’y trouve du plaisir. Je pense avoir rebondi 100 fois plus haut que quiconque aurait pu m’en croire capable. Je suis devenue un colosse aux pieds d’argile. Qui ose gratter la couche superficielle de ma carapace peut voir encore une cicatrice… Mais ne gratte pas trop si tu ne veux pas te prendre un uppercut. Je ne sais peut être pas ce que je veux dans mon futur mais je sais ce que je ne veux plus, ou n’accepterai plus. Alors on peut me trouver dure, intransigeante, froide, méchante et c’est vrai, je le suis avec les gens que j’aime et j’espère qu’ils sauront me pardonner. Les autres ? Ils m’indiffèrent.

 

Mon cœur bande encore

Pour toutes les merveilleuses personnes qui sont entrées dans ma vie depuis 1 an. Pour celles qui y sont restées. Pour les découvertes extraordinaires que j’ai pu faire. Pour m’être surpassée. Pour la passion. Pour le dépassement. Pour la vie. Pour les petits bonheurs quotidiens. Mon coeur bande encore.

J’ai la crainte de m’engager par peur d’être une nouvelle fois abandonnée. Mais il parait que se donner par amour, c’est aussi être vulnérable et accepter d’y perdre quelques plumes. Je suis prête à en reperdre quelques unes.

Et un beau matin,  j’ai réappris à aimer. Au fil des rencontres pourries mais faciles, des coups d’un soir, des connards. Après être devenue « l’autre« . Après avoir eu mal dans les bras de Wolverine, après avoir eu de l’affection avec des mecs-pansements, après être retombée pour y avoir cru… A tous, merci. Peut-être qu’un jour, en gardant ma belle liberté, un homme saura me redonner des étoiles dans les yeux, et bizarrement, j’y crois de nouveau.

Ce billet est certainement beaucoup trop personnel, mais ce blog est ma liberté.

Comments:

  • 21 août 2014

    Beau texte… Tous ceux qui sont passés par là te diront sans doute que c’est comme ça qu’on grandit… et qu’on apprécie encore mieux la suite une fois toutes les étapes du deuil vraiment achevées!

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  • Léa

    19 août 2014

    Top !
    Moi j’ai tout pris en pleine face, l’accident et tout mais j’ai eu personne autour de moi. Les « amis » ont profités de mon silence des réseaux sociaux et de mon hospitalisation pour me tourner le dos, idem la famille et le chéri m’a laissé tombé alors que je quittais tout pour lui.
    Bref je pensais avoir touché le fond mais plus je me débats pour sortir de là et plus je m’enfonce. Je suis morte à l’intérieur, j’accroche le sourire et les gens nouveaux dans cette nouvelle vie forcée pensent que je vais bien. La solitude, l’isolement, les pensées noires mais le sourire aux lèvres…certains voient toutes mes douleurs dans mes yeux mais ils ne s’arrêtent pas pour donner un coup de main.

    Un jour viendra j’espère pour moi, comme il est venu pour toi.

    A bientôt j’espère plein de bonnes choses à toi !

    reply...
  • Cécile DUSSIN

    19 août 2014

    Christelle,

    J’ai lu tes deux textes éloignés d’une année à très peu de jours d’intervalle, je vais me permettre de te donner mon sentiment et j’espère ne pas être trop intrusive;
    tout d’abord rien n’est « trop personnel » quand on ressent le besoin d’en parler, je veux dire, de l’exprimer, à chacun ensuite de voir s’il le supporte ou non et c’est alors son problème, ce n’est plus le tien.
    Tu parles de l’intérêt que les autres on porté et d’une sorte de crainte d’un peu de « voyeurisme » ou quelque chose comme ça, peut être, mais je n’en suis pas sure, je crois qu’il existe dans toute la merde du monde, des sentiments sincères, purs, altruistes, sans arrière pensée ni motivation obscure, que l’empathie existe, et que dans nos vécus nous avons nos douleurs immense qui nous donnent aussi envie de soulager ceux qui s’en prennent à leur tour!
    Pour ce qui est de ta douleur, de la perte d’un amour, de la violence du choc, de la profonde mutation qui en découle et en découlera encore, je ne peux te dire qu’une chose, violente aussi et sans détour, jamais rien ne sera plus comme avant, la plaie est là et la cicatrice ne disparaitra pas, comme une grosse cicatrice de guerre, il y aura des moments ou tu l’oublieras, mais elle se réveillera au cour de ta vie et parfois tu en sera surprise. Cela n’empêchera pas le nouvel amour, qui peut être aussi fort aussi beau surement plus mur et mieux abouti car construit avec l’expérience de l’échec et de toute manière totalement différent, heureusement!
    Alors oui, ouvres toi vers le présent et l’avenir, ne compare rien, vis chaque jour comme si c’était le premier tout en gardant ton expérience, attends toi à des retours passagers des 5 phases du deuil, même dans trente ans!!!! tu en ressortiras à chaque fois plus forte et plus ouverte au monde car encore plus consciente de ta fragilité! Tu as la chance d’avoir un métier que tu aimes, je te souhaite que celà dure car nous y passons nos journées! et aime autant que tu as envie d’aimer, la vie est faite pour être vécue, elle est semée d’embuches, que peut on y fair,e l’important c’est de se respecter, de rester intègre autant que faire se peu, et aussi de se pardonner les actes, les décisions que nous sommes parfois amenées plus tard à regretter, mais avions nous le choix dans ce moment précis, et de toute façon nous en somme les premières victimes.
    J’espère ne pas t’avoir ennuyée avec mon bavardage, je t’embrasse fort, Cécile

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  • 19 août 2014

    Personnel oui mais très touchant. J’ai vécu la même douloureuse épreuve que toi il y a 2 ans et même si chaque histoire est différente je suis passée par les mêmes étapes, les mêmes doutes, les mêmes victoires. Le temps fait son oeuvre et le bonheur est au bout du chemin 🙂
    Bises

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