beauté, Humeurs

Elle a des sourcils bizarres

« Tu la trouves jolie Chris ? » – « Oui, mais elle a des sourcils bizarres… » Il a 6 ans et répond à la question conne de son père. Bonjour nouveau complexe !

Je me suis précipitée devant un miroir à les examiner. « Ils ne sont pas bizarres, t’inquiète, c’est juste qu’ils bougent beaucoup… » Je l’ai regardé dubitative. Tout ça parce qu’apparemment, ils dansent le foxtrot quand je m’exprime… Certains parlent avec leurs mains, moi c’est avec mes sourcils. Sûrement la cause de mon incompétence au poker.
Vivre avec, ou subir ses complexes. Qu’ils soient sur son physique ou son comportement, qui peut jurer s’assumer jusqu’au bout des ongles ? Je suis sûre que même Adam Levine ne s’aime pas totalement, alors qu’on est nombreuses à l’aimer très fort…

Cet été, j’ai passé 4 jours entre nanas. 4 petits jours tout simples et nous nous sommes rendues compte de la bienveillance qui s’installe dès que tombent les masques. Nous avons passés 4 jours à exprimer la beauté dans l’autre et à se jeter tellement de fleurs que nous aurions pu ouvrir un Interflora. La compassion dans leurs histoires, mettre le doigt sur le courage de l’une et la volonté de l’autre. La douceur et la vulnérabilité sous les déguisements de guerrières. Remarquer qu’elle est bien maquillée ce soir ou qu’on est « jalouse de ton boule ma grande ». Je sortais de la piscine quand une nana en string est passée devant moi. « Je vais décéder ». « Arrêter, tu es 100 fois plus jolie qu’elle ». J’y crois pas mais ça rebooste. C’était juste ce qu’il fallait entendre au bon moment. « Si on faisait un mélange de nous 3, on serait trop parfaite… » « Ouais mais on n’aurait pas de supers copines comme nous ». Ça a été l’heure de l’apéro et nous dissertions sur l’idée de pouvoir vivre un jour d’amour, de rosé et de saucisson, quand j’ai entendu cette phrase : « Ben si il [son mec bien évidemment] me disait plus souvent que j’avais un joli cul, il pourrait le voir de bien plus près ! » CQFD. Nous avons besoin tous (homme et femme, attention je ne fais pas du Male-Bashing – je les aime beaucoup trop pour ça -) d’être rassurés pour nous lâcher.

Puis l’autre jour, un copain, un mec que je connais un peu mais pas vraiment m’a dit : « Ce qui est bien chez toi, c’est que tu t’assumes ». Je n’ai pas su comment le prendre. Sûrement un compliment dans sa bouche, mais qui renvoi comme un boomerang que si j’étais « normale », je devrais être complexée par mon corps ou par mon comportement explosif. Et pourtant… Je suis comme Pierre, Paul, Jacques et Gisèle. Angoissée, pas d’accord avec mon corps, complexée, en colère de ma propre colère. Tout comme cette amie qui se trouve trop maigre ou celle qui n’aime pas sa peau ; comme elle qui n’arrive pas à perdre ses kilos de grossesse ; comme lui qui se trouve trop petit quand une fille porte des talons à côté de lui ; comme lui avec sa carapace de 30 cm pas prête à fissurer ; comme eux qui passent leur temps à s’excuser de tout simplement Etre… Alors quoi ? On devrait arrêter de mettre des shorts trop courts, se cacher sous des pulls et arrêter de parler fort ? C’est facile à dire me direz-vous mais, on va DEVOIR faire avec soi, tout simplement parce qu’on n’a pas le choix. Chacun ses boulets à traîner, à nous de nous muscler pour les porter.

Et si la solution était d’apprendre à s’aimer même si le monde autour ne nous aime pas forcément en retour ? Même si le monde est une petite pute qui ne fera pas de cadeaux. Et si on lui disait gentiment d’aller se faire foutre ? *

Et moi, je les aime vos cuisses dodues…

Chris, aux sourcils bizarres