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Simpson Project

Il y a des personnes qui me coupent littéralement le souffle. Ces gens qui ont des rêves, bien planqués au fond d’eux, et qui un matin se lèvent et se disent : je vais en faire une réalité.

C’est  au détour de la finale de rugby, d’un championnat  Midi Pyrénées 1ère série, entre deux acclamations de notre équipe, que j’ai rencontré Manu. Corso-toulousain, sportif et pas con, de premier abord calme et posé. Dans 40 jours, il part réaliser le défi de sa vie (ou du moins le premier d’une longue série) : Traverser le désert de Simpson en Australieen solitaire et à pied, sans assistance ni moyen motorisé, tractant eau et provisions sur une distance d’environ 800 kilomètres.

Ouais ça calme !

J’ai voulu en savoir plus, et autour d’un café, il a accepté de répondre à mes questions.

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Comment est née cette idée ?

C’est en 2009, lors de mon premier voyage en Australie, que j’ai eu cette première idée. Je faisais de nombreux treks et randonnées et j’ai été frappé par ces paysages « sans limite ». J’avais de plus en plus envie d’aller voir plus loin et comme j’ai toujours eu un esprit d’aventure, de sport, je me suis dis qu’un jour j’irai traverser ces déserts.

 

Pourquoi avoir choisi le désert de Simpson en Australie ?

Après avoir eu cette idée, j’ai fait de nombreuses recherches sur les expéditions qui ont déjà été menées en Australie. J’ai étudié les différentes expéditions déjà réalisées et je me les suis appropriés pour créer un itinéraire unique ! Dans le désert de Simpson, il y a eu déjà eu plusieurs expéditions : traversé dans la longueur, dans la largueur, toutes différentes… mais c’est la première fois que quelqu’un envisage de le traverser dans la longueur puis jusqu’au sud du lac Eyre, le plus grand d’Australie.

 

Comment vas-tu te déplacer ?

Pour me diriger, je vais utiliser un GPS et des cartes topographiques tout simplement. Mon parcours est pré-enregistré dans le GPS et tracé sur les cartes.

Pour déplacer ma nourriture et mes affaires, j’ai créé une charrette qui pèsera 230 kg chargée et que je tracterai avec un harnais. Je prends bien sûr le minimum de choses et il faut compter environ 5 à 6 kg de moins par jour à cause de la consommation d’eau et de nourriture.

 

Test de la charrette sur une plage corse

Test de la charrette sur une plage corse

 

Comment te prépares-tu mentalement et physiquement ?

Depuis tout petit, je m’intéresse à l’aspect mental et à la concentration, notamment par rapport à la douleur et dans le milieu du sport, de compétition et de performance. J’ai lu beaucoup de livres sur les méthodes à utiliser pour passer au-delà de la douleur physique et grâce au mental, aller au-delà de ce que l’on se croit capable de faire !

Pour trouver la force et la motivation, je pense à des amis, à des événements marquants, à des souvenirs forts, à des personnes qui ne sont plus là…  Par exemple, lorsque j’ai couru le marathon, c’était très dur, parce qu’on commence à avoir mal, on se demande pourquoi on fait ça, etc… Penser à tous ces gens m’aide à retrouver de la force. Je pense à ces gens là qui m’ont marqué ou qui ne sont plus là et qui auraient peut-être aimé faire ça.

Ensuite, physiquement, il faut également suivre un programme spécifique, qui a été élaboré avec un médecin du sport. Ce programme permet de renforcer des parties spécifiques du corps qui seront le plus sollicitées notamment pour tracter la charrette soit les jambes, les abdos, le dos…

 

Quelle est ta plus grande peur ?

Ma plus grande peur, même si je sais que c’est la moins probable, reste les serpents ! C’est une vraie angoisse. Les chances de me faire mordre ou même d’en voir sont faibles, mas penser que si je me fais mordre au milieu de rien, cela peut avoir des conséquences mortelles, c’est effrayant !

 

Après ce projet, que veux-tu faire ?

J’ai plein idées ! La première est de revenir sur un travail classique, lié à ma formation. Je n’exclu rien mais je suis lucide : je vais sortir de la société pendant 40 jours et vivre une expérience hors du commun, mais je me suis préparé à y re-rentrer. J’ai les pieds sur terre et je ne peux et ne veux pas vivre en dehors du système.

Ensuite, j’aimerais développer une activité dans la lignée de cette expédition. Je ne sais pas encore sous quelle forme, c’est un concept peu défini, mais j’aimerais pouvoir continuer à réaliser ce genre de défis mais en pouvant en vivre.

Cette expédition n’est pas un coup de tête et je ne veux pas changer de vie. Ce projet, j’y ai pensé pendant des années, fait énormément de recherche et je travaille réellement dessus depuis une année. C’est quelques chose de construit, réfléchit, travaillé.

 

A ton retour, quel genre de restitution imagines-tu ?

Je souhaite créer un documentaire filmé de mon expédition. Je pars avec du matériel vidéo et je souhaite montrer toutes les étapes du projet : la préparation, l’expédition et le retour d’expédition.

Je compte rédiger quotidiennement un journal de bord et je publierais des articles sur le blog assez régulièrement.

 

En tant que future gazelle, que me conseillerais-tu pour me préparer ?

Ton avantage dans ton aventure, c’est ta gazelle ! Vous allez vous entre-tuer, c’est certain, mais ça va aussi vous aider à avancer ! Une dispute ne peut pas te donner envie d’abandonner : ça va te donner le courage de continuer et d’aller au bout ! Même après coup, ça crée des liens encore plus forts et ça fait parti du partage. Essayez de prendre le relais : quand une des deux à une baisse de régime, l’autre re-boost !

En terme de préparation, je vous dirais de garder toujours à l’esprit « le plaisir » ! Repenser à ce pourquoi vous faites ça à la base et ne pas se mettre de contraintes.

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Quand on rencontre la personne en face, autour d’un café, l’entretien digresse parfois et la conversation devient « amicale », on parle librement, on rit… Alors, je vous livre deux anecdotes « off », qui étaient difficiles à retranscrire dans une interview, mais que je trouve savoureuses … (il y en a d’autres, mais je préfère les garder pour moi désolée) !

 

L’hygiène !

Moi : Mais comment vas-tu faire pour les douches et tout ça ? Tu vas sentir le fennec !

Lui : Il y a des notions d’hygiène à respecter, utiliser des lingettes, des savons secs… Je vais devoir également me raser la tête  pour éviter tout ce qui est poux ou parasites. Et puis c’est plus simple…

Moi : … (Regard rond et n’arrive pas à faire sortir un seul son de ma bouche)

Lui : J’ai fait l’expérience déjà lorsque je suis parti 13 jours en autonomie totale dans ce même désert pour des repérages : ma première nuit a été la plus difficile. Rapidement, j’ai eu la tête qui me grattait et j’ai trouvé des bêtes dans mes cheveux… Et il y a les mouches ! Ca, c’est le truc auquel on ne pense pas du tout mais qui est infernal ! En Australie, dès que tu rentres à l’intérieur des terres, c’est une invasion de mouches. En permanence des dizaines de mouches te tournent autour, c’est insupportable ! Je vais devoir porter un chapeau avec une moustiquaire pour éviter qu’elles viennent partout sur mon visage. C’est super dur !

Moi : … (Qui commence à avoir envie de me gratter)

Du sang

Moi : Et si tu te blesses ?

Lui : J’ai appris à me soigner tout seul. Par exemple, j’ai appris à me recoudre en m’entrainant sur de la viande. Et bien sûr, j’ai appris à me recoudre des deux mains ! Tout ça c’est de l’entrainement…

Moi : … (vision d’horreur en imaginant mon bras à la place d’un steak)

 

Malgré tout, bonne chance Manu ! See  you on September !

Alors :

 

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